Hommage à David Mus

Il y a des êtres dont la présence s'inscrit dans le temps avec une discrétion telle qu'on croit parfois qu'ils seront toujours là. David Mus était de ceux-là. Non parce qu'il cherchait à occuper la place, mais parce qu'il savait l'habiter avec une justesse rare.
Je garde de lui le souvenir d'un homme de parole, au sens le plus profond du terme. La parole qu'il écrivait, qu'il enseignait, qu'il partageait. La parole des poètes qu'il aimait, celle de Villon notamment, qu'il fréquentait non comme un spécialiste dissèque son objet, mais comme un compagnon de route dialogue avec une voix venue de loin.
David possédait cette qualité précieuse : il ne séparait jamais le savoir de la sensibilité. Son érudition n'était pas une forteresse mais une invitation. Avec lui, la littérature demeurait vivante, ouverte, fraternelle. Elle n'était pas affaire de prestige mais de nécessité.
Je me souviens aussi de sa manière d'être présent au monde : attentif aux êtres, aux livres, aux œuvres, aux détails que d'autres ne voyaient plus. Il avait le goût des rencontres véritables, de celles qui laissent une trace durable. Dans son regard et dans ses mots, il y avait toujours une forme de bienveillance exigeante, une fidélité à ce qui mérite d'être sauvé de l'oubli.
Aujourd'hui, son départ nous attriste profondément. Mais le chagrin s'accompagne d'une gratitude immense. Gratitude pour ce qu'il a écrit, pour ce qu'il a transmis, pour cette manière singulière qu'il avait d'éclairer les textes et parfois aussi les vies.
Les poètes médiévaux qu'il connaissait si bien nous ont appris que les voix ne disparaissent jamais tout à fait. Elles continuent de résonner dans la mémoire de ceux qui les ont entendues. Celle de David demeure parmi nous : dans ses livres, dans ses poèmes, dans les conversations qu'il a nourries, dans l'amitié qu'il a offerte.
Son œuvre reste. Son souvenir aussi.
Et avec eux, cette présence discrète et lumineuse qui continue de nous accompagner.

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